Aumônier

Le Révérend Père
Léopold Lanctôt, omi
en l'an 2000
Photo du Père Lanctôt - ca. 2000
Retourné à la maison du Père
le samedi, 21 octobre, 2006
à l'âge d'or de 95 ans



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é le 30 mai 1911, Léopold Lanctôt est l'ainé des trois enfants de Roland-Laurent Lanctôt et de Marie-Louise Perreault qui habitaient rue Dorchester, près de 1'église Saint-Pierre-Apôtre, 1911 Montréal. Père Lanctôt nous racontera qu'il avait trois mammans: sa mère et deux de ses tantes qui vivaient alors sous le même toît.
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e 1916 à 1918, il va a la Salle d'Asile de la Providence, genre d'école maternelle dirigée par les Soeurs de la Providence. Les sept années suivantes, il les   passe  à  1'École  Saint-Pierre-Apôtre,   dirigée  par  les
Frères Maristes. En 1925 il s'inscrit au cours commercial de 1'École Supérieure Saint-Louis, dirigée par les Clercs de Saint-Viateur.
L 
e 18 juillet 1926, à 15 ans, Léopold perd sa mère. Son père restera veuf et s'impliquera toujours davantage dans les oeuvres de la paroisse Saint-Pierre-Apôtre, s'occupant aussi de la cantine. Léopold se porte volontaire pour vendre sandwiches, crème glacée, breuvages, etc. Puis en 1927, il va terminer ses études secondaires au Juniorat Sacré-Coeur, à Ottawa.
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n 1929, Léopold a son idée faite. Il a grandi dans un milieu de communautés religieuses. Il se sait autonome, débrouillard, travaillant, désireux de servir les autres dans la simplicité évangélique. Il est conscient de son trouble à l'oreille gauche : il le décrit en termes médicaux à son futur maître des novices, l'assurant qu'il entend très bien de l'autre oreille. Il prend donc l'habit à Ville LaSalle le 1er août 1929: il n'a que 18 ans, mais il ressent vivement ce que Dieu lui demande de faire et c'est avec joie débordante qu'il se soumet à Sa sainte Volonté.

A 
près un noviciat où on constate sa brillance académique, son riche tempérament, et sa droiture à toute épreuve, il est admis aux premiers voeux le 2 août 1930. On le dit de santé fragile mais suffisamment forte pour lui permettre de suivre des cours universitaires, surtout avec sa capacité intellectuelle peu commune. (En fait, il ne manquera jamais une journée de travail pour raison de maladie. Même le zona qui l'a saisi en février 2000, lors du décès du Frère Jean-Paul Landry, son bras droit, l'a à peine modéré.) Son bégaiement, causé par un problème de glande thyroïde, devrait être aussi bien corrigé qu'il le fût pour son père.
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n 1930, il est au Scolasticat Notre-Dame, à Richelieu, pour ses études en philosophie. Comme la construction n'est pas terminée, le Juniorat de Chambly-Bassin loge les scolastiques jusqu'en février 1931. À l'été 1932, il revient à Ottawa pour sa théologie. Il y prononce ses vœux perpétuels le 8 septembre 1933. Il a 22 ans!
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es résultats scolaires en font un des meilleurs étudiants du cours universitaire. Il fait preuve d'un excellent jugement pratique et démontre beaucoup de tact dans ses relations. Un religieux de premier plan ! Il est donc ordonné le 24 juin 1935 dans la Basilique Notre-Dame d'Ottawa par Msgr  Guillaume Forbes, à l'âge tendre de 24 ans! Le lendemain il célèbre sa première messe fièrement servie par son père.
I 
l termine ses études avec un baccalauréat ès arts et deux licences : une en philosophie, l'autre en théologie. Il aspire à s'occuper d'archives. On le voit très bien dans des travaux de ce genre. Il reçoit sa première obédience pour l'Université d'Ottawa où on mettra à profit ses connaissances en comptabilité, en plus de le nommer sous-secrétaire  de  la  Revue  de  l'Université   d'Ottawa.
On l'invite à poursuivre ses études en Droit canonique, études couronnées par la licence en 1939. Ça en fait trois licences, si vous avez bien compter.
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u début des années 50, il s'implique dans le mouvement des Guides du diocèse d'Ottawa. Le tout commence par un service mutuellement rendu : Léopold a besoin d'aide aux éditions, les Guides se cherchent un aumônier. Les Guides ne seront pas perdantes au change et Léopold aura une secrétaire hors du commun et de l'aide bénévole occasionnelle. Il acquiert le nom de Cerf agile. Durant les premiers 15 ans, n'a-t-il pas participé aux camps d'été des Jeannettes, des Guides et des Kamsok. Nonagénaire, il continuera toujours d'aller camper, les fins de semaines, avec les cheftaines et les responsables. En 1965, il était nommé aumônier diocésain adjoint puis aumônier provincial. Il demeurera aumônier des guides franco-canadiennes du district d'Ottawa, héritière du patrimoine guide du diocèse d'Ottawa, jusqu'à son départ pour Richelieu.
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ntre-temps, après l'avoir déchargé de sa tâche d'assistant-économe, on le nomme sous-directeur de l'Institut de philosophie. Mais voilà que le père Raoul Leblanc trouve qu'il serait important de publier les travaux de recherche des professeurs de l'Université : c'est la fondation des Editions de l'Université d'Ottawa. Léopold en devient le sous-directeur. Dix ans plus tard, après le départ du père Leblanc, il devient directeur de cette première maison bilingue d'éditions au Canada. Il remplira cette fonction jusqu'à sa retraite, en 1982. Durant 46 ans il aura vu à la publication de sept périodiques et d'une trentaine de volumes par année, en plus d'être trésorier de l'Association des Presses Universitaires du Canada. (Celui  qui  l'a  succédé  a  coûté  beaucoup  plus  cher  à
l'Université pour bien moins d'ouvrage !)
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e bon père Lanctôt ne se gêne jamais de prendre d'autres choses à faire. Car c'est un des traits extraordinaires de caractère du père Lanctôt que d'ajouter à une tâche déjà pleine et accaparante. Il accepte de rendre un nouveau service et tout continue de rouler comme si de rien n'était. La simple énumération suivante a de quoi estomaquer même quelqu'un qui sait ce que c'est de ne pas manger son pain dans l'oisiveté.
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n 1983 il est nommé assistant-économe de sa communauté, tâche qu'il assumera à plein temps en 1985, et continuée alors qu'il dépassera les 90 ans. Et ce n'est pas un "job de rond-de-cuir" que d'administrer une des deux grosses maisons oblates d'Ottawa !
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n 1984, c'est la charge d'administrateur de l'Association Missionnaire de Marie Immaculée (AMMI). Et si vous pensez que c'est une sinécure, allez lui donner un coup de main pour dépouiller le courrier, y répondre, déposer les dons, les diriger ensuite vers les missions. Et prêter une oreille attentive aux dévouées bénévoles. Et d'organiser, de nombreuses années durant, un bazar fort couru.
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n a besoin d'un archiviste et d'un directeur de secrétariat pour la Maison de l'Assomption : c'est encore lui qui accepte. Il trouvera le temps de compiler les 1000 pages de généalogie dactylographiées, la présentant par de brèves biographies de ses ancêtres. II y a plus de 10 pages bien tassées sur sa famille et sur lui-même. Dates précises et détails non moins précis sur 1'emplacement des maisons et écoles qu'il a habitées ou fréquentées. En sus on le voit se publier, en 1994, trois volumes faisant 910 pages en tout, sur L'Acadie des Origines 1603 à 1771 et Familles acadiennes.

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l rédige pour ses Guides un bouquin de quelque 350 pages, format lettre, avec quelque 1000 dessins. Qu'es-tu ? Nature Oh Nature ! offre des connaissances précises et à jour en entomologie, astronomie, ornithologie, botanique, mycologie et paléontologie. Il participe à la rédaction de deux autres volumes Sors de ta Ouache, Carnet Nature et Vers Bois, Plein-Air-Nature. Son implication dans le mouvement guide lui vaudra l'Ordre du mérite diocésain, en octobre 1998, et le Prix du Gouverneur général pour l'entraide, en juin 1999. En 2001, en reconnaissance pour 50 ans d'éminents services rendus, les Guides Catholiques du Canada le nommeront membre à vie de leur mouvement. Le père Lanctôt a auusi publié un certain nombre d'articles dans le Cadre-Info destiné aux animatrices et commissaires Guides du district d'Ottawa et dans le Message de l'AMMI.
S 
a bibliothèque ne manquerait pas d'impressionner qui voudrait connaître l'étendue de sa curiosité intellectuelle, la multitude de ses centres d'intérêt.
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n retrouve dans les écrits du père Lanctôt la Foi sereine et sûre de l'amant de la nature qui n'a pas de peine à rejoindre un Dieu étonnant dans sa création, fascinant dans la complexité infime et immense de l'univers et des êtres vivants. Un Dieu d'amour puisqu'il faut aimer pour créer. Un Dieu de générosité tourné vers autrui. Pas surprenant alors de retrouver chez Léopold cette même disposition à l'égard d'autrui.  D'abord, un regard objectif,
curieux, admiratif; ensuite, une propension à maintenir et faire fructifier les capacités qu'il décèle. Invitation à tisser une toile solide de fraternité et d'entraide.
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l savait comment l'araignée s'y prend pour tisser sa toile. Il se sait brin majeur, résistant, inébranlable, capable d'encaisser les déchirures qui se produiront ailleurs. La Foi de Léopold est ferme, jamais remise en question parce qu'ancrée au dire de Jésus : Je ne suis pas venu pour être servi, mais pour servir (Matthieu 20, 28). En Cerf agile, il a toujours été à l'aise dans la création de Dieu, avec toutes ses créatures et au service de celles qui lui ont permis de donner son plein rendement d'homme intelligent, admiratif, communicateur, fidèle à sa parole, généreux de son temps et de sa personne. En Cerf agile, il a été heureux et libre. Et Cerf agile en a conduit beaucoup à admirer le jardin de Dieu où l'on peut vivre avec Celui qui S'est fait l'un des nôtres pour nous partager Sa divinité, Son amour infini.
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e père Lanctôt a vécu avec une certaine trépidation le déménagement des Oblats de 305 Nelson à 175 Main (DesChatelets), mais il laissera savoir qu'il est très aise de ne plus avoir à s'occuper de gestion du personnel et qu'il est prêt à continuer d'être économe pour sa communauté. Comme il a plus de temps pour lui-même, il avance la rédaction de son dernier ouvrage Création Providence qu'il a entrepris, question de se garder les méninges  alertes  :  format  lettre,  écriture  tassée,   texte
illustré de dessins expliqués, termes grecs décortiqués en notes de bas de page. Au moment de son ACV (accident vasculaire cérébral), le 29 septembre 2006, il était rendu à la page 174, au Chalcolithique Ancien (-4 500 à -3 500). Ouvrage impressionnant de précision, d'érudition et pourtant présenté avec une clarté simple et chaleureuse.
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e 16 octobre 2006, même s'il n'a pas repris l'usage de la parole — il semble pourtant comprendre lorsqu'on lui parle — on le transporte à Richelieu où on espère qu'il prendra rapidement du mieux. C'est le contraire qui se produit. Il s'éteint paisiblement le 21 octobre 2006.
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omme il y a réunion de mi-mandat à Cap-de-la-Madeleine, les membres du conseil provincial et de nombreux Oblats sont en réunion du 25 au 27 octobre. On le retransporte à Ottawa où sa dépouille mortelle est exposée dans un salon à DesChatelets à compter de 14 heures le dimanche, 29 octobre, jusqu'au lendemain à midi. Les dames et demoiselles du mouvement Guides du district d'Ottawa s'y présentent en grands nombres. Commissaires, pleins d'anciennes guides, membres du comité d'administration, toutes en uniforme, y sont présentes. Vers 14 heures 45, elles lui chantent deux cantiques guides d'adieu à en faire pleurer des pierres. Le spectacle se répète durant toute l'après-midi, ainsi qu'en soirée alors que d'autres anciennes guides et quelques jeunes  filles  accompagnées  d'animatrices  s'ajoutent aux

autres, toutes en uniformes guides. Le salon en devient plein à craquer. La veillée se termine pour les guides avec le chant guide de paix du soir traditionnellement chantée pour clore une veillée au feu de camp.
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es funérailles ont eu lieu le lundi, 30 octobre 2006, à 14 heures, en l'église Sacré-Cœur d'Ottawa, rue Laurier est,  en tête de l'Université d'Ottawa.  Guy Levac,
vicaire provincial, l'a célébré et Jacques L'Heureux a livré l'homélie. L'église a semblé petite alors qu'elle a été véritablement envahie par tous les gens qu'il a touché durant son long séjour à Ottawa, surtour par les Guides Franco-Canadienne du District d'Ottawa qui ont fait sentir leur présence non seulement par leur nombres imposants, mais aussi par un témoignage guide touchant,
un chant final d'adieu guide émouvant, le cantique des équipes, et un salut guide brandie formant coulisse lors de la sortie de son corbillard.
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es cendres du père Lanctôt ont été inhumées dans le lot oblat dans les Jardins du Souvenir de Gatineau.
Texte original de Jacques L'Heureux,
adapté et augmenté de faits guides
Dernière mise à jour :  jeudi, le 8 mars, 2012